Nonno, Un Juif d’Egypte 

Titre : Nonno, Un Juif d’Egypte
Auteur : Fortunée Dwek

Editions :Harmattan
Collection : Graveurs de Mémoire – 2006
Prix : 22 € 

Les années se sont écoulées depuis l’éparpillement de notre Communauté. Lentement, les souvenirs sont resurgis, et des livres de mémoires et de récits ont été publiés en français et en anglais, ainsi que des romans qui s’inspiraient des traits si particuliers des Juifs d’Egypte : leur manière de rouler les « rrrr » en parlant le français, la manie pour certains d’entre eux de mêler l’arabe égyptien avec le français ou le ladino, leurs préférences alimentaires, leur intégration remarquable dans toutes les couches de la société égyptienne etc.

 Aujourd’hui, c’est au tour de la génération des enfants de ces déracinés de faire appel à leur mémoire et de raconter leur perception de la vie en Egypte, de l’exil qui a anéanti cette communauté, l’installation et finalement l’enracinement dans un pays qui était étranger à leurs parents à bien des égards, même si ces derniers en parlaient la langue et en possédaient un passeport qui attestait de leur nationalité française.

         « Nonno, Un Juif d’Egypte » est en fait l’histoire d’une famille qui quitte Alexandrie en Décembre 1956, et laquelle, après un court séjour en France, décide d’émigrer en Israël. Faute de pouvoir s’adapter à la vie à Beer Sheba, loin de la mer, dans les conditions qui prévalaient à l’époque, c'est-à-dire des conditions matérielles très difficiles, la famille, qui n’avait pas renoncé à sa nationalité française, décide de retourner en France en 1960. Elle finit par s’installer à Villiers-le-Bel, dans cette « ville nouvelle » bâtie par la Caisse des Dépôts et Consignation à partir de 1958 et qui finit par abriter quelques milliers de juifs d’Egypte dans la grande banlieue parisienne.

 Le livre en fait, est une déclaration d’amour filial de l’auteur, qui transcende l’histoire pour devenir une succession de témoignages d’admiration sans borne envers son père, quitte parfois à raconter les péripéties d’une vie tout à fait ordinaire à travers le prisme déformant de l’amour et qui fait de détails mineurs des sujets d’émerveillement et d’admiration.

La partie qui touche à la période de la vie en Egypte est recréée par l’auteur au travers de ses souvenirs très fragmentaires (elle a quitté l’Egypte quand elle avait trois ans) et ce qu’elle a pu en apprendre par ses parents, ses grands-parents et leurs amis. Dans l’ensemble, cette partie est auréolée du mythe de la « belle vie » que l’on retrouve dans tant de récits d’exilés. L « ‘avant » est très souvent perçu comme ayant été bien meilleur à tous points de vue que le « présent ». Et dans le cas de bien des familles, il est très plausible que la vie en Egypte leur souriait bien plus qu’après leur transplantation dans un pays d’accueil et que ce qu’ils en ont raconté à leurs enfants se teintait de nostalgie et de regrets pour la « belle vie » antérieure.

  L’auteur raconte la célébration des fêtes juives, la fréquentation de la synagogue avec son père, les anecdotes que celui-ci aimait raconter à ses enfants et petits-enfants, l’habitude des parents à parler arabe entre eux et de savourer les quelques bribes de la culture populaire égyptienne qu’ils avaient pu retrouver grâce à des films et des disques égyptiens achetés en France.

 Le tout dresse un tableau sentimental d’une vie ordinaire, tout à fait honorable et exemplaire sans doute, mais qui ne raconte rien du devenir des enfants du héros du livre, de leur intégration réussie et de leur vie actuelle qui est sans doute plus riche à tous points de vue que ce qu’elle aurait été s’ils avaient grandi en Egypte. En cela, ce père de famille exilé aura fait tout ce qu’il pouvait pour donner une vie meilleure à ses enfants que celle dont il a pu jouir durant son existence.

 Finalement, le livre rassemble une collection de photos non seulement du sujet central du livre, c'est-à-dire le père de l’auteur, de sa famille, de ses parents et beaux-parents ; photos prises en Egypte, qui nous replongent dans cette période à jamais disparue, mais également la photo des documents (titres de séjour, visa, diplômes de comptabilité en français et en arabe, obtenus par le héros du livre) et une liste fort complète des sites internet centrés sur l’histoire des juifs d’Egypte. Ce sont des documents intéressants à consulter.

 Au total, et pour tous ceux qui souhaitent retrouver quelques détails de la vie en Egypte, et revivre ou imaginer (selon les générations) les difficultés liées à l’exil, ce livre remplira cet office avec en prime, un témoignage d’amour filial qui ne peut que susciter le respect du lecteur.

 D. Harari