Amitav Ghosh - In an antique land
In an antique land – Granta Books – 1992 – 393 pages
On
a souvent mentionné la présence des Juifs en Egypte depuis 3000 ans.
En fait, cette présence est confirmée dès le moyen âge par des
manuscrits, contrats de mariage, contrats commerciaux et baux qui ont
été trouvés par milliers dans la Genizah du Caire.
Il est un fait que rares étaient les Juifs d’Egypte qui avaient
entendu parler, du temps où ils y habitaient, des trésors
d’information qui avaient été accumulés dans l’extraordinaire
dépositoire qu’était la Genizah, et dont la majeure partie des
documents avaient été cédés par les dirigeants de la Communauté Juive
du Caire à Salomon Schechter, spécialiste des écrits hébraïques de
l’Université de Cambridge en 1896, qui les avait « découverts » en
visitant la synagogue Ben Ezra du Vieux Caire.
Une fois n’est pas coutume, mais nous avons voulu vous proposer une
fiche de lecture d’un roman écrit en anglais, par un romancier indien,
Amitav Ghosh, qui a écrit une oeuvre partiellement autobiographique.
La trame de ce roman s’articule autour d’allers-retours entre d’une
part la vie romancée d’un négociant juif qui avait quitté le Caire au
12ème siècle, pour s’installer à l’extrémité de la Mer Rouge, à
Zanzibar, afin d’être le représentant local du négoce de son oncle qui
était demeuré quant à lui à Fostat (le Vieux Caire) pour
l’approvisionner en épices, bois précieux et autres marchandises qui
faisaient l’objet de commerce entre ces pays, et d’autre part, un
récit qui se déroule pendant la période moderne des années 1970-1980,
période pendant laquelle l’auteur a résidé dans deux villages du delta
du Nil et où il a participer et observer la vie quotidienne des
habitants de ces villages.
Ce qui est fascinant, c’est que l’observateur moderne observe ces
familles de « Fellahin » pauvres et dont la condition de certaines
s’améliore lentement, grâce à l’envoi des économies des Egyptiens
partis travailler dans le Golfe ou en Irak, et qu’il le fait sans la
condescendance qu’aurait probablement eue un Occidental (qui aurait eu
sans doute beaucoup de mal à s’intégrer et à vivre au sein de ces
populations). L’auteur est accepté de par sa peau foncée, son origine
indienne, et il observe et raconte les heurs et malheurs de plusieurs
familles, aussi bien celle du « riche » que celle des pauvres de ces
villages, des tensions entre les familles. Pour ceux d’entre nous qui
avons vécu en Egypte, cette description est très similaire à la vie
dans les villages du Delta du temps où nous habitions dans ce pays.
Grâce au mélange de son enfance en Inde et ses études universitaires
dans une grande université nord américaine, l’auteur apporte un
éclairage inhabituel et passionnant à son récit.
En parallèle, et de manière tout aussi passionnante l’auteur imagine
la vie d’un juif dont l’existence historique est prouvée grâce à des
documents trouvés dans la Genizah ainsi que celle de son oncle, et il
retrace ainsi la vie des familles juives, installées en Egypte aux
10ème, 11ème et 12ème siècles, les voyages et les exils vers de
nouvelles contrées pour élargir le champ d’activité d’un « comptoir »
de négociants juifs. Il est indubitable que les juifs habitant en
Egypte à cette époque étaient intégrés au sein de la population et y
pratiquaient leur religion de manière tout à fait officielle.
Il est peut-être utile de faire un bref rappel de l’histoire de la
Genizah. Il s’agit en fait d’un dépôt de documents qui a été constitué
sur plusieurs siècles, parce que les rabbins de l’époque considéraient
que l’hébreu étant la langue de Dieu, il était sacrilège de détruire
tout document qui avait été rédigé dans cette langue, même quand ce
document n’avait plus de raison d’être (bail commercial, contrat de
mariage, factures entre marchands etc.). Pour éviter ce sacrilège,
même involontaire, tous les documents de la Communauté des Juifs au
Caire étaient déposés dans un bâtiment attenant à la synagogue Ben
Ezra de Fostat et, grâce au climat sec qui règne dans ce pays, ces
monceaux de documents (il y en avait au total 200.000 gisant dans la
Genizah quand elle fut « découverte » par Solomon Schecter) étaient
très bien conservés et ils furent expédiés en Angleterre et « partagés
» entre l’Université de Cambridge (140.000 documents) et au Jewish
Theological Seminary de New York (40.000 documents). Depuis lors, de
nombreux savants, dont Shelomo Dov Goiten, (à l’origine du
déchiffrement des documents qui ont servi de point de départ à
l’auteur), ont consacré leur vie à les déchiffrer et à reconstruire la
vie quotidienne des juifs en Egypte sur cette longue période, à
retracer l’organisation de la communauté et les liens qui unissaient
les familles etc.
La trame de ces histoires qui évoluent en parallèle dans le livre est
assez complexe et ne se prête pas facilement à être résumée. Il y a de
nombreux personnages, et l’on passe d’une époque à l’autre au gré des
chapitres.
En résumé, si vous voulez vous tremper dans la vie quotidienne des
Fellahins des années 1970-1980 en Egypte tout en découvrant la vie des
Juifs d’Egypte au 12ème siècle à Fostat et à Zanzibar, je vous
recommande vivement ce roman « In an antique land ». Mais pour cela,
il vous faudra le lire en Anglais !
David Harari
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