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Qui ne se souvient de Gabriel
Dardaud, correspondant de l’A.F.P ? Pendant des années, il a
relaté et analysé les événements qui ont fait l’Histoire de
l’Egypte et des pays environnants.
Voici le résumé d’une «anecdote historique » que j’ai
découverte dans un de ses ouvrages.
Régine Zayan
Le baron Werner
Ow-Wachendorff arriva en Egypte vers la fin de 1937. Il venait
remplacer le baron von Stohrer dans ses fonctions de Chef de la
mission diplomatique du Reich auprès du Roi d’Egypte.
L’accueil qu’il reçut fut glacial. Il ne s’en étonna point car il
avait été prévenu du peu de sympathie des Egyptiens pour le Führer
et sa doctrine nazie. En effet, la politique raciste de
l’Allemagne les inquiétait d’autant plus que les nationalistes
arabes n’avaient guère apprécié de se trouver classés dans Mein
Kampf au bas de l’échelle des valeurs humaines juste au dessus du
peuple juif.
De plus, traditionnellement, les relations entre la « colonie »
juive et le royaume d’Egypte étaient excellentes : le Grand Rabbin
Nahoum Effendi, membre à vie du Sénat égyptien, n’ avait-il pas
été un conseiller politique très proche du roi Fouad ?
Enfin, un incident survenu à l’encontre du représentant de la
diplomatie égyptienne à Berlin, ne fut guère pour améliorer la
situation : tandis que le diplomate égyptien se promenait un matin
dans les rues de Berlin, il se trouva face à un groupe de Chemises
Brunes parti à la chasse aux Juifs. Son teint et son aspect
physique lui valurent d’être pris pour l’un d’eux et il fut
violemment agressé et battu. Il dénonça sans ménagements ses
agresseurs et l’on jugea plus prudent de le rappeler au Caire.
Le gouvernement du Reich, de son côté, rappela également son
représentant, le baron von Stohrer qui fut donc remplacé par le
baron Ow-Wachendorff.
A Berlin, on avait soufflé à ce dernier que les nationalistes
égyptiens détestaient tellement la suprématie des Anglais sur la
vallée du Nil qu’il serait aisé de redresser la situation en
faveur du Grand Reich. Or, on avait compté sans la haine que
portait le baron Ow Wassendorff -par ailleurs « loyal serviteur
de sa patrie »-à Hitler, aux Chemises Brunes et à la doctrine
nazie.
Au Caire, le baron fut cependant traité avec distance par les
Anglais, les Français et les Belges.
Mais Goebbels, voulant à tout prix, « travailler en profondeur
l’opinion arabe », annonça au baron l’envoi d’un nouvel attaché
qui devrait assumer cette tâche avec lui.
Goebbels lui-même envisagea d’ailleurs une visite officielle au
Caire. Des dates furent proposées mais les milieux diplomatiques
britannique, français, polonais, tchèque, autrichien, belge,
néerlandais, suisse et scandinave cherchèrent tous des raisons
pour se récuser.
Or, l’affaire des Sudètes prenant de plus en plus d’importance,
Goebbels dut renoncer à son voyage en Egypte, au grand soulagement
de tous.
La crise éclata en mars 1939 avec l’occupation de Prague par
Hitler. Le baron Ow-Wassendorff reçut alors l’ordre d’investir la
légation de Tchécoslovaquie et d’y hisser le drapeau à croix
gammée. Il refusa et adressa, à titre personnel, ses condoléances
à son homologue tchèque.
Hitler lui intima alors
l’ordre de rentrer immédiatement à Berlin pour « expliquer son
attitude ». Il n’en tint aucun compte et, sans en informer
personne, quitta, avec son épouse, sa résidence officielle de
Garden City pour l’Hôtel Continental.
Le 20 mars 1939, quelques jours après l’invasion de la
Tchécoslovaquie par les forces allemandes, il se rendit, en grande
tenue, au concert donné par l’Orchestre de Palestine à l’Ewart
Memorial Hall de l’Université Américaine et, devant une assistance
pétrifiée de diplomates étrangers et de hautes personnalités
égyptiennes, il prit la parole et félicita « ses chers
compatriotes juifs », « tous éminents solistes échappés par
miracle aux rafles de la Gestapo ».
C’est sur ce « coup d’éclat »
que sa carrière diplomatique prit fin.
Le lendemain, le baron Ow-Wassendorff, accompagné de son épouse,
quitta le Caire pour s’embarquer à Port Saïd sur un navire à
destination de Java. Les fleurs et les messages déposés à bord lui
apportèrent les témoignages d’admiration de ses collègues
étrangers et de ses amis en Egypte.
©
Régine ZAYAN (janvier 2005) |